Nouvelle étape dans la modernisation de l’analyse vidéo judiciaire française : en 2026, XXII a annoncé avoir cédé Système V à la société Orasio. Le logiciel, développé depuis 2018 avec le ministère de l’Intérieur et l’Agence du numérique des forces de sécurité intérieure (ANFSI), doit évoluer vers des fonctions de recherche dans les séquences enregistrées assistées par l’intelligence artificielle. Ce changement de développeur est établi ; la généralisation des nouveautés et leurs usages concrets dans les procédures restent à vérifier.
XXII annonce la cession de Système V à Orasio
Dans une communication publiée en 2026 sur son site officiel, l’entreprise XXII annonce la cession de Système V à Orasio. Elle précise que le projet avait débuté en 2018, dans le cadre d’une collaboration avec le ministère de l’Intérieur pilotée par l’ANFSI. XXII explique recentrer désormais ses activités sur les solutions destinées au commerce physique et à la logistique. La cession est également revendiquée par Orasio, repreneur et nouvel acteur chargé d’en poursuivre le développement.
Ce transfert concerne l’évolution d’un outil d’enquête vidéo existant. Il ne constitue pas une preuve de remplacement général des dispositifs de vidéoprotection municipaux, ni de création d’un fichier biométrique commun aux services de police.
Ce qui change : des recherches dans les vidéos à partir de descriptions
XXII décrit les orientations annoncées du produit après la cession : recherche en langage naturel, recherche par similarité visuelle et investigations assistées par IA. À la différence d’une simple lecture accélérée, il s’agit de permettre à un enquêteur de rechercher dans des fichiers vidéo des objets, vêtements, véhicules ou comportements décrits par des critères textuels.
Un entretien diffusé le 16 juin 2026 avec Florian Fournier, dirigeant d’Orasio, permet de préciser la chronologie. Il indiquait alors que la version de Système V disponible à cette date ne proposait pas encore la recherche en langage naturel, mais que le ministère avait retenu son entreprise pour faire évoluer la solution dans cette direction. Il faut donc distinguer le produit existant, les développements contractuellement annoncés et les fonctionnalités réellement livrées.
Du premier déploiement aux ambitions nationales
Dans une communication institutionnelle antérieure, l’ANFSI précisait que Système V était déployé dans 37 unités, dont 19 de la Police nationale et 18 de la Gendarmerie nationale. L’agence annonçait aussi une version 2.0 en 2025 et une version 2.1 prévue en 2026, avec notamment des fonctions annoncées de détection de plaques ou de visages, sans reconnaissance faciale.
En août 2026, la présentation commerciale d’Orasio sur le site de l’UGAP évoquait l’objectif d’équiper l’ensemble des enquêteurs avec une solution d’analyse vidéo a posteriori. Cette perspective est une annonce de déploiement, pas un recensement indépendant des licences réellement installées à la date de publication de cet article.
Attention : Système V et Citadel ne sont pas interchangeables
Orasio commercialise plusieurs solutions. Sa page de présentation distingue Citadel, destiné notamment aux villes et aux environnements de surveillance, de Système V, consacré aux analyses vidéo d’enquêtes judiciaires a posteriori. Orasio décrit aussi des fonctions temps réel dans son portefeuille commercial. Ces capacités ne peuvent pas être automatiquement imputées à chaque version de Système V, ni présumées activées chez un service public.
Cette distinction importe aussi pour comprendre les travaux de PRODPRESS sur l’expérimentation municipale d’Orasio à Toulouse. Cette expérimentation et le programme national Système V relèvent de dossiers différents. Le fait d’avoir un fournisseur commun ne démontre pas qu’ils utilisent la même version du logiciel, la même base juridique ou les mêmes fonctionnalités.
La CNIL avait déjà documenté les obligations relatives à Système V
Le 15 novembre 2024, la CNIL a mis en demeure le ministère de l’Intérieur après avoir constaté des retards dans les engagements de conformité et les analyses d’impact concernant plusieurs logiciels d’analyse vidéo, dont Système V. La décision décrit des usages de Système V dès 2021 et des formalités adressées tardivement à la Commission en 2023. Elle ne permet pas de déduire que ces mêmes manquements perduraient automatiquement après la cession de 2026.
Une nouvelle version ou un changement de prestataire pose des questions de protection des données dès la conception, de sous-traitance, d’accès aux séquences judiciaires, de transferts éventuels, de journalisation des consultations et de mise à jour des analyses d’impact. Les règles applicables doivent être appréciées selon la configuration et l’usage réel, non sur le seul descriptif commercial.
17 octobre 2026 : attention aux affirmations sur l’utilisation opérationnelle
Des publications journalistiques datées du 26 et du 28 octobre 2026 attribuent à Système V un rôle dans l’exploitation d’images liées aux événements du 17 octobre. Ces récits ne s’accompagnent pas, dans les sources actuellement examinées, d’une pièce publique attribuant avec certitude une procédure précise à une version précise du logiciel. Nous ne pouvons donc pas présenter l’emploi allégué du système dans ces opérations comme un fait matériellement établi. Il faudrait notamment une déclaration institutionnelle circonstanciée, des documents de procédure communicables ou des éléments indépendants concordants.
De même, une recherche par description textuelle ne doit pas être assimilée automatiquement à une reconnaissance faciale biométrique, ni à un rapprochement direct avec le TAJ. Les fonctionnalités, les données et les autorisations relèvent de cadres différents.
Questions adressées aux responsables publics et au fournisseur
- À quelle date la cession et la reprise contractuelle de Système V ont-elles pris effet ?
- Quelles versions ont effectivement été livrées en 2026, et dans combien d’unités ?
- La recherche en langage naturel est-elle activée en production, en test, ou encore en développement ?
- Quels documents encadrent la sécurité des données, la journalisation, la sous-traitance et les analyses d’impact après ce transfert ?
- Les services de l’État confirment-ils des usages de Système V lors des enquêtes ouvertes après le 17 octobre 2026 ? Si oui, sous quel fondement et dans quel périmètre non classifié ?
Analyse PRODPRESS : le changement d’éditeur ne règle pas la question du contrôle
La cession à Orasio peut renforcer les capacités de traitement des vidéos enregistrées et accélérer certaines investigations. Mais la maîtrise d’un logiciel par un acteur français ne dispense pas de justifier ses fondements juridiques, d’auditer les fonctionnalités ajoutées et de contrôler l’accès aux données sensibles. Une description textuelle peut guider l’enquête ; elle ne remplace ni la vérification humaine ni la preuve contradictoire.
Le point réellement nouveau de 2026 est la transmission du projet à un nouvel acteur et son évolution technologique annoncée. L’étendue du déploiement et les conséquences concrètes des nouveautés nécessitent des pièces supplémentaires. Cette enquête complète le hors-série PRODPRESS sur BriefCam, SIGMA et Système V, qui documente pour sa part les usages et contrôles historiques.
Glossaire
ANFSI : Agence du numérique des forces de sécurité intérieure. Système V : logiciel d’analyse de vidéos d’enquêtes judiciaires. Recherche en langage naturel : requête textuelle formulée dans une langue ordinaire, interprétée par une application. AIPD : analyse d’impact relative à la protection des données. Logiciel de rapprochement judiciaire : traitement encadré permettant certaines analyses et corrélations dans des procédures pénales.
Sources primaires et secondaires
- XXII — communication officielle annonçant la cession de Système V à Orasio
- UGAP — fiche de présentation d’Orasio, mise à jour le 4 août 2026
- Entretien Florian Fournier, Orasio — 16 juin 2026, vidéo et transcription
- ANFSI — déploiement initial dans 37 unités et versions annoncées
- CNIL — décision MED-2024-150 du 15 novembre 2024
- Journal du Geek — reportage du 26 octobre 2026, affirmations opérationnelles à recouper
Note de méthode : les déclarations des fournisseurs sont identifiées comme telles ; aucune liaison entre Système V et le TAJ, aucun déploiement généralisé des nouveautés et aucun usage pendant une opération précise ne sont affirmés sans pièce indépendante.
Christophe Martin-Landré — Journaliste d’investigation, directeur de publication, PRODPRESS MEDIA GROUP LLC. Contact et droit de réponse : prodpress@protonmail.com.
© PRODPRESS® — Tous droits réservés. Authentique. Impertinent. Libre.

