Delcy Rodríguez demande à nouveau la restitution de réserves d’or vénézuéliennes conservées à la Banque d’Angleterre. Les estimations évoquent environ 31 tonnes, dont la valorisation a fortement varié avec les cours. Le contentieux, né de la reconnaissance de gouvernements concurrents en 2019, reste juridique autant que financier ; les discussions sur un éventuel transfert à New York ne prouvent pas qu’il a été réalisé.
La demande du 28 octobre
Dans une intervention rapportée par l’agence EFE, Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela, a demandé au ministère des Affaires étrangères et aux autorités compétentes de poursuivre les démarches visant à récupérer l’or déposé à Londres. Le dossier revient à l’agenda après les échanges entre le gouvernement et une partie de l’opposition, engagés dans la perspective de mobiliser les avoirs pour la reconstruction.
Cette demande publique est vérifiée. Elle ne doit pas être confondue avec une décision de justice ordonnant la livraison des lingots ni avec une opération bancaire déjà exécutée. Le calendrier, les conditions et le contrôle final des réserves restent à documenter.
Pourquoi la Banque d’Angleterre conserve-t-elle cet or ?
Des banques centrales confient régulièrement une partie de leurs réserves à des dépositaires étrangers pour faciliter la conservation et les transactions internationales. Les lingots conservés pour le compte d’un État ne deviennent pas, du seul fait de leur dépôt, la propriété de l’établissement dépositaire.
Le différend vénézuélien résulte notamment de la crise de légitimité de 2019, après la reconnaissance de Juan Guaidó par plusieurs États occidentaux. Deux directions concurrentes de la Banque centrale du Venezuela ont revendiqué le droit de donner des instructions sur les avoirs. Les tribunaux britanniques ont dû examiner les conséquences juridiques de cette divergence.
La procédure britannique : attention aux conclusions simplifiées
L’affaire Maduro Board of the Central Bank of Venezuela v Guaidó Board a donné lieu à des décisions judiciaires majeures, dont celle de la Cour suprême britannique du 20 décembre 2021. Cette décision n’épuise pas, à elle seule, toutes les questions de propriété, de représentation, d’exécution et de situation politique ultérieure.
La Banque d’Angleterre a reconnu publiquement en février 2026 détenir de l’or vénézuélien mais a invoqué la confidentialité des informations relatives à ses déposants et les procédures en cours pour ne pas détailler les volumes. Il faut donc éviter de présenter le chiffre de 31 tonnes comme un inventaire actuel certifié par la Banque elle-même.
Combien valent les réserves ?
Les chiffres publiés vont d’environ quatre milliards de dollars, lors des discussions évoquées en septembre, à 4,8 milliards de dollars dans la dépêche de TASS du 29 octobre. La valeur varie avec le cours du métal et les conventions de calcul. Les estimations datées ne sont pas interchangeables et un contrôle indépendant du volume réellement disponible manque.
Le prix de référence doit toujours être accompagné de sa date. La variation d’une estimation en dollars ne prouve ni mouvement matériel de lingots ni enrichissement illicite d’une institution. Il s’agit avant tout d’une valorisation financière d’un stock présumé.
Vers New York : projet et non transfert confirmé
Reuters a rapporté le 18 septembre des discussions sur la possibilité de déplacer les réserves vers la Réserve fédérale de New York afin de rendre ces actifs mobilisables, éventuellement comme garantie de financements. Un tel mécanisme suppose une solution juridique, des autorités reconnues pour donner instruction et un cadre de contrôle des fonds.
Aucun document examiné ne permet d’affirmer que les 31 tonnes ont effectivement quitté Londres. Une vidéo virale prétendant prouver un transfert doit être évaluée par son origine et sa date, et non reprise comme illustration authentique de cette opération.
Analyse PRODPRESS : souveraineté financière et contrôle des fonds
La véritable question n’est pas seulement de savoir où se trouvent les lingots, mais qui peut légalement les mobiliser et sous quelles garanties. Pour Caracas, leur récupération représente un enjeu financier et symbolique. Pour Londres, les obligations de conservation et les effets des décisions judiciaires constituent une partie du dossier.
Une enquête complémentaire devra examiner les décisions judiciaires postérieures à 2021, les autorités autorisées à signer les ordres de transfert, les modalités envisagées d’un crédit garanti et les mécanismes de transparence sur les dépenses de reconstruction. Ni confiscation illégale définitive ni restitution imminente ne doivent être annoncées sans pièce probante.
Sources et documents
EFE, 28 octobre ; Reuters, 18 septembre ; Cour suprême britannique, dossier de procédure ; Banque d’Angleterre, transcription officielle (PDF) ; El País, contexte des négociations.
Glossaire
Banque dépositaire : institution conservant des actifs pour compte de tiers ; réserves internationales : avoirs financiers d’une banque centrale ; garantie : actif sécurisant un prêt ; bénéficiaire effectif : acteur tirant réellement avantage d’une opération.
Note éditoriale : le stock de 31 tonnes et sa valeur sont des estimations publiées. La détention, les décisions judiciaires, les négociations de transfert et le mouvement effectif des actifs doivent être distingués.
Christophe Martin-Landré — Journaliste d’investigation, directeur de publication, fondateur de PRODPRESS®. PRODPRESS MEDIA GROUP LLC. © PRODPRESS® — Tous droits réservés. Authentique. Impertinent. Libre.

