Le FSB russe accuse des services ukrainiens d’utiliser Dayvinchik, un service de rencontres sur Telegram, pour manipuler des jeunes et leur faire commettre des actes incendiaires ou de sabotage. Moscou affirme que 56 personnes âgées de 12 à 24 ans ont été interpellées depuis juillet 2025, dont huit mineurs et deux majeurs en août et septembre 2026. Les chiffres et l’attribution des faits proviennent des autorités russes : ils ne doivent pas être confondus avec des conclusions judiciaires indépendamment établies.
Ce qu’affirme le service de sécurité russe
Dans une communication relayée le 29 octobre par Interfax et TASS, le FSB indique que 56 utilisateurs du service Telegram Dayvinchik/Leo ont été arrêtés depuis juillet 2025 pour des affaires présentées comme des activités terroristes ou de sabotage. Parmi eux figureraient des adolescents. Le bilan d’août-septembre — huit mineurs de 14 à 17 ans et deux adultes âgés de 19 et 24 ans — est inclus dans le total annoncé et ne doit pas y être ajouté.
Le FSB cite des régions russes différentes, dont Moscou et Saint-Pétersbourg. Il attribue à des interlocuteurs liés aux renseignements ukrainiens des demandes d’incendier des véhicules de police, des stations-service ou d’autres infrastructures. Les documents de preuve complets et les décisions de justice nécessaires à une corroboration exhaustive ne sont pas publics dans les sources consultées.
De faux échanges sentimentaux aux menaces
Le procédé allégué commencerait par l’utilisation d’identités fictives sur un service de mise en relation. Les personnes visées pourraient être invitées à communiquer leurs coordonnées, cliquer sur des liens frauduleux ou partager des informations privées. Des interlocuteurs se présentant ensuite comme des agents de services officiels exerceraient des menaces pour obtenir un acte illégal.
Ce schéma ressemble à plusieurs techniques connues d’ingénierie sociale : création de confiance, extorsion de données, usurpation d’autorité et chantage. Il faut néanmoins distinguer le mécanisme général, techniquement plausible, de la responsabilité particulière des acteurs désignés par le FSB.
Deux adolescentes citées par les enquêteurs russes
La porte-parole du Comité d’enquête russe, Svetlana Petrenko, a évoqué des dossiers concernant deux jeunes filles de Saint-Pétersbourg, accusées d’avoir été sollicitées en vue d’incendies contre une station-service et des véhicules de police. Aucun élément de notre enquête ne justifie de publier leur identité ou toute information permettant de les localiser personnellement.
Leurs situations individuelles devront être appréciées dans le respect de la présomption d’innocence, de leur âge et de l’éventuelle contrainte subie. La répétition d’une accusation officielle dans plusieurs médias ne constitue pas autant de preuves indépendantes.
Les autorités ukrainiennes formulent des accusations comparables
Le Service de sécurité d’Ukraine a lui-même publié en octobre 2026 un récit faisant état de faux profils sentimentaux utilisés, selon ses enquêteurs, par des services russes pour manipuler des mineurs ukrainiens. Il accuse des interlocuteurs de se faire passer pour des représentants de forces de l’ordre afin d’exercer une pression psychologique.
Ces communications contradictoires rappellent que les accusations circulent dans les deux sens. Leur symétrie apparente ne permet pas de les considérer comme également prouvées. Chaque affaire requiert des pièces vérifiables, des dates, une chaîne de conservation et une confrontation avec la défense.
Telegram est-il responsable ?
Le fait qu’un service de rencontres soit utilisé dans une opération présumée ne démontre pas automatiquement que son exploitant ou Telegram en connaissait les faits ou y participait. Une éventuelle responsabilité juridique demanderait d’examiner le fonctionnement des comptes, les signalements, les outils de modération, les obligations applicables et les réponses apportées aux demandes légales.
Il serait donc infondé de qualifier la plateforme de complice sur la seule base de la communication du FSB. Une enquête OSINT doit chercher les éléments techniques sans dévoiler de données privées ni expliquer comment reproduire les manœuvres de recrutement.
Protection des mineurs : les réflexes utiles
Les signaux d’alerte incluent les demandes de secrets, les menaces de poursuites imminentes, la pression pour partager une localisation ou des documents, les liens inattendus, les exigences financières et les instructions visant à commettre des actes illégaux. Un adolescent confronté à de telles sollicitations doit pouvoir avertir rapidement un adulte de confiance et conserver, si cela est sûr, les éléments utiles à un signalement.
En France, le 3018 accompagne les victimes mineures de cyberharcèlement et de violences numériques. Si une menace physique ou un acte criminel imminent est évoqué, il faut contacter les autorités compétentes.
Analyse PRODPRESS : faits matériels et attribution sont deux sujets distincts
L’annonce des interpellations, telle qu’elle est faite par le FSB, est un fait de communication institutionnelle recoupé par plusieurs médias russes. En revanche, l’origine ukrainienne des opérations, les conditions des aveux et la réalité de chaque accusation ne sont pas suffisamment indépendamment vérifiées pour être affirmées comme acquises.
Pour poursuivre ce dossier, il faudra rechercher les décisions judiciaires, les réponses des avocats, des traces de communication authentifiées et des constats matériels sur les infractions alléguées. Dans une guerre, un communiqué officiel peut contenir des éléments factuels et servir simultanément une stratégie informationnelle. Le rôle du journaliste consiste à ne pas confondre les deux.
Sources primaires, vérifications et documents
Interfax, 29 octobre — déclaration du FSB ; Fontanka, reprise et affaires locales ; Meduza, regard critique ; SBU, accusations ukrainiennes distinctes ; SBU, prévention ; 3018 — aide française aux jeunes victimes de violences numériques.
Glossaire
FSB : service fédéral de sécurité russe ; SBU : service de sécurité ukrainien ; Dayvinchik : service de rencontres utilisé via Telegram ; ingénierie sociale : manipulation d’une personne à des fins malveillantes ; attribution : détermination documentée de l’auteur réel d’une opération.
Note éditoriale : les chiffres, récits et attributions sont des déclarations des autorités russes, et non des responsabilités établies par une enquête indépendante. Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence ; aucune identité de mineur n’est publiée.
Christophe Martin-Landré — Journaliste d’investigation, directeur de publication et fondateur de PRODPRESS®. PRODPRESS MEDIA GROUP LLC. © PRODPRESS® — Tous droits réservés. Authentique. Impertinent. Libre.

