PRODPRESS | France – Police-Justice | 4 novembre 2026
Trois mains arrachées, quatre yeux mutilés et plusieurs dizaines de cas de blessures graves étudiés : une enquête publiée le 3 novembre par Le Monde documente les conséquences humaines des mobilisations sociales de l’automne 2026. RTL fait parallèlement état de vingt enquêtes de l’IGPN portant sur des blessures potentiellement mutilantes. Ces bilans sont provisoires et ne désignent pas, à eux seuls, des responsables pénaux.
Un recensement journalistique, pas un bilan judiciaire définitif
Depuis les blocages de lycées de septembre puis les manifestations plus larges d’octobre, plusieurs blessés ont été hospitalisés ou opérés. Le Monde a enquêté sur plusieurs dizaines de cas, en s’appuyant notamment sur des témoignages, des images et des pièces médicales. La rédaction précise qu’aucun recensement exhaustif n’existe et que son bilan peut sous-estimer la réalité. Parmi les cas étudiés, trois personnes ont perdu une main et quatre ont subi une grave atteinte à un œil.
Dans de nombreux dossiers, les armes de force intermédiaire utilisées par les forces de l’ordre sont suspectées d’avoir causé les blessures. L’identification précise de l’engin et les responsabilités individuelles restent cependant à déterminer selon les cas. Les situations de violences en marge de plusieurs manifestations doivent également être documentées sans amalgame.
Septembre et octobre : plusieurs adolescents gravement atteints
Le 28 septembre, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), Eden, 14 ans, a souffert d’une double fracture de la mâchoire et de graves blessures dentaires après un tir de lance-grenades, selon l’enquête du Monde. Deux jours plus tard, à Tours, Maël, 16 ans, a perdu l’usage d’un œil. Le parquet a décrit une blessure compatible avec un tir de lanceur de balles de défense (LBD).
Le 5 octobre, à Lens, Evan, 15 ans, a perdu une main à la suite de l’explosion d’une grenade. Selon Le Monde, un télégramme de la direction générale de la police nationale a ensuite suggéré l’implication d’une grenade assourdissante EF-SON et ordonné une suspension provisoire de cet équipement dans le cadre des mobilisations lycéennes. Les circonstances exactes de la détonation demeurent contestées entre les versions rapportées.
Saint-Étienne : Farès amputé après la manifestation du 17 octobre
Le 17 octobre, Farès, 17 ans, participe à une manifestation à Saint-Étienne avec sa sœur. D’après Le Monde, une vidéo obtenue par la rédaction montre un projectile au comportement compatible avec une grenade assourdissante exploser à proximité de l’adolescent vers 15 h 50. Sa main droite est très gravement atteinte.
L’adolescent est amputé le soir même à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon. Droitier, récemment titulaire du baccalauréat avec mention, il venait de commencer des études de mathématiques. Le modèle précis de la grenade n’était pas identifié lors de la publication de l’enquête. Il serait donc prématuré de présenter cette identification comme acquise.
Lyon, place Bellecour : un étudiant blessé aux deux jambes
La même enquête relate la blessure de « Mathieu », prénom modifié, 23 ans, survenue peu après 17 heures le 17 octobre place Bellecour à Lyon. Les éléments réunis par Le Monde orientent vers l’explosion probable d’une grenade, sans détermination définitive. L’étudiant a subi une importante plaie à la cuisse gauche et des corps étrangers dans la jambe droite ; il a été opéré et s’est vu attribuer vingt et un jours d’incapacité totale de travail (ITT).
Ce cas appelle un suivi local rigoureux : chronologie des dispositifs déployés, identification des munitions, vérification des séquences audiovisuelles originales et établissement d’éventuelles procédures en cours.
RTL : vingt enquêtes pour blessures potentiellement mutilantes
Dans son enquête du 30 octobre, RTL rapporte que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a ouvert quatre-vingts enquêtes en lien avec ces mobilisations, dont vingt concernant des blessures potentiellement mutilantes. Selon la radio, sept de ces vingt situations concernent la mobilisation lycéenne avant le 17 octobre, neuf la journée du 17 octobre et quatre celle du 24 octobre.
Une enquête de l’IGPN n’est ni une condamnation ni une preuve automatique de faute. RTL précise que des investigations devront déterminer le rôle exact des armes policières ; dans au moins un cas, une blessure pourrait, selon les éléments disponibles, provenir d’un projectile lancé par un manifestant. La radio rapporte également 1 193 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement, chiffre attribué au ministère de l’Intérieur.
Ces statistiques ne doivent pas être additionnées mécaniquement à celles du Monde : les méthodes et périmètres de comptage diffèrent.
Que dit le droit sur l’usage de la force ?
L’article R. 211-13 du Code de la sécurité intérieure exige que l’emploi de la force au maintien de l’ordre soit absolument nécessaire et proportionné au trouble à faire cesser. Son usage doit cesser lorsque les circonstances qui le justifiaient disparaissent. Ces principes valent aussi lorsque des débordements ou des dégradations sont observés.
Il appartient aux enquêteurs et, le cas échéant, aux juridictions de déterminer pour chaque blessure les circonstances factuelles : trajectoire, distance, sommations éventuellement requises, ordre donné, équipement utilisé, précautions prises et connaissance des risques.
Analyse PRODPRESS : l’enjeu des preuves et de la traçabilité
La gravité de ces blessures justifie une enquête méthodique et indépendante. Elle impose aussi de séparer trois niveaux : la réalité médicale des dommages, leur mécanisme causal et une éventuelle responsabilité individuelle ou institutionnelle. La protection du droit de manifester et celle des personnes mobilisées, des passants comme des forces de sécurité, exigent des réponses fondées sur des preuves.
Pour poursuivre le suivi, PRODPRESS a déjà publié un premier décryptage du bilan IGPN du 30 octobre, ainsi que des articles sur la blessure de Maïssa à Mulhouse et une autre blessure documentée à Lyon le 24 octobre.
Glossaire
IGPN : Inspection générale de la police nationale. LBD : lanceur de balles de défense. ITT : incapacité totale de travail au sens médico-légal, distincte d’un arrêt de travail professionnel. Arme de force intermédiaire : arme encadrée destinée à une réponse graduée, mais susceptible de provoquer des blessures graves.
Sources et méthode
Le Monde, enquête du 3 novembre 2026 ; RTL, enquête du 30 octobre 2026 ; Contre Attaque, recensement militant du 3 novembre (source à contextualiser) ; Code de la sécurité intérieure, article R. 211-13.
Note éditoriale : les témoignages publiés par d’autres rédactions sont attribués à leurs auteurs. PRODPRESS n’a pas accès à l’ensemble des dossiers médicaux et judiciaires originaux. Les bilans restent provisoires et la présomption d’innocence s’applique aux personnes mises en cause. Illustration de couverture symbolique, non documentaire. Contact rédaction : prodpress@protonmail.com.

