Afrique / Investigation — 4 novembre 2026. Le 27 octobre, VIGINUM, service français de vigilance contre les ingérences numériques étrangères, a rendu public un rapport technique consacré à GlobUs, structure présentée comme un dispositif d’influence russe actif notamment au Cameroun et en République du Congo. Le document suscite une vive contestation de Serge Espoir Matomba, responsable politique camerounais et promoteur de For You Média Africa.
Ce que dit officiellement VIGINUM
Dans sa présentation, le service rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale estime que GlobUs fonctionne comme une plateforme combinant opérations informationnelles numériques, diplomatie publique et actions politiques sur le terrain. VIGINUM relie son développement à la réorganisation de réseaux issus de la « galaxie Prigojine » et cite deux opérateurs russes : Youlia Berg et Andreï Gromov. Le service attribue à ce dispositif la diffusion de récits pro-russes, anti-ukrainiens et anti-occidentaux.
Il s’agit des conclusions d’un service étatique français, établies dans le cadre de ses investigations. Leur publication est un fait vérifiable ; chaque affirmation sur des responsabilités individuelles, des financements et des intentions doit cependant être rapportée à ses pièces justificatives et rester ouverte à la contradiction.
For You Média Africa et le désaccord de Serge Espoir Matomba
Le 30 octobre, Serge Espoir Matomba a publié dans Journal du Cameroun une tribune revendiquant son indépendance politique et celle de For You Média Africa. Il y rejette l’idée selon laquelle des partenariats internationaux — russes ou autres — suffiraient à caractériser une ingérence. Il accuse certains milieux français de ne pas accepter que les acteurs africains définissent librement leur ligne éditoriale et leurs alliances.
Cette prise de position constitue un droit de réponse public et documenté. Elle n’établit pas, en elle-même, que les constatations de VIGINUM seraient erronées ; pas davantage les constatations du service ne permettent-elles d’imputer automatiquement à tous les intervenants des médias cités une intention ou une responsabilité dans une opération d’ingérence.
Le point de méthode : influence, coopération ou manipulation ?
Un partenariat médiatique transnational, même avec un acteur proche d’un État, n’est pas nécessairement illégal. Pour qualifier une opération de manipulation coordonnée, l’enquête doit établir des éléments de comportement : dissimulation du commanditaire, coordination de comptes, financement opaque, campagnes de contenu inauthentique ou autres mécanismes vérifiables. Les activités de communication d’influence et les opérations d’ingérence ne sont donc pas des catégories interchangeables.
Documents à examiner dans une enquête complémentaire
- La version intégrale du rapport technique de VIGINUM, ses annexes et les limites méthodologiques explicites.
- Les conventions et traces publiques de partenariats médiatiques éventuellement invoquées.
- Les modalités précises des relations entre GlobUs et les organisations camerounaises citées.
- Les déclarations complètes des acteurs concernés et les réponses documentées du service français.
Sources
VIGINUM / SGDSN, rapport « GlobUs », 27 octobre 2026 ; tribune de Serge Espoir Matomba, Journal du Cameroun, 30 octobre 2026. Une interview attribuée à Sputnik Afrique circule également ; ses propos n’ont pas été retranscrits ici sans vérification de l’enregistrement original.
PRODPRESS distingue les constats du service français, les accusations, les prises de position du responsable camerounais et les éléments restant à documenter. Contact pour rectification et réponse : prodpress@protonmail.com.

