Au Soudan, la guerre s’accompagne d’une crise climatique et alimentaire majeure. L’alerte publiée le 12 octobre 2026 par l’IPC, plateforme internationale d’analyse de la sécurité alimentaire, signale un risque accru de famine dans plusieurs secteurs du Darfour et du Kordofan. Un reportage Reuters du 23 octobre décrit les conséquences de la sécheresse sur les exploitations agricoles et les troupeaux.
Une sécheresse qui frappe un pays déjà ravagé par le conflit
La perturbation climatique liée à El Niño aggrave un déficit de pluies qui affecte environ la moitié du territoire, selon l’alerte IPC relayée par l’Organisation mondiale de la santé. Dans plusieurs régions agricoles, les semis et les récoltes souffrent du manque d’eau. Les pâturages se raréfient, les animaux s’affaiblissent et les prix des denrées pèsent davantage sur les familles.
La sécheresse n’est pas à elle seule la cause de la catastrophe. Depuis avril 2023, les affrontements entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide ont provoqué destructions, déplacements massifs et difficultés d’accès aux marchés et aux champs. Les combats perturbent également la distribution des secours.
Darfour et Kordofan : des signaux nutritionnels alarmants
L’IPC attire particulièrement l’attention sur le Grand Darfour et le Grand Kordofan. Dans deux camps de déplacés du Darfour-Sud, les enquêtes citées par l’ONU ont mesuré des prévalences de malnutrition aiguë de 38 % et 30,8 % chez les enfants. Ces niveaux dépassent le seuil nutritionnel retenu dans l’analyse de la famine, mais un indicateur isolé ne suffit pas à lui seul à établir la classification de famine pour l’ensemble d’une région.
Selon les organismes humanitaires, les réserves alimentaires diminuent, tandis que l’insécurité complique l’acheminement des vivres. L’IPC alerte sur une aggravation de la faim, de la malnutrition et des décès si l’accès humanitaire et les moyens financiers ne s’améliorent pas rapidement.
Hôpitaux, enfants et eau potable : les conséquences sanitaires
L’OMS précise que les ruptures de soins et la pénurie d’eau potable accentuent le risque de maladies graves chez les populations déjà sous-alimentées. L’agence indique que 37 % des établissements de santé du pays étaient hors service en 2026 et que 161 centres de stabilisation nutritionnelle opérationnels recevaient un appui international.
Les complications de la malnutrition sévère chez les enfants nécessitent des soins adaptés ; elles ne peuvent être résolues par la seule livraison de nourriture. Les personnels de santé travaillent dans des conditions marquées par la guerre, les déplacements et des moyens insuffisants.
Pourquoi parler de risque de famine plutôt que d’un bilan uniforme
La classification IPC repose sur plusieurs critères combinant consommation alimentaire, malnutrition et mortalité. Il faut différencier les zones où des conditions de famine ont déjà été signalées, les territoires classés en situation d’urgence et ceux pour lesquels un risque accru est identifié. L’alerte d’octobre souligne aussi des lacunes de données liées à l’impossibilité d’accéder à certains secteurs.
Les mesures réclamées par les organisations internationales
L’IPC, l’OMS et les acteurs humanitaires demandent notamment la protection des civils, la suspension des violences, la sécurité des voies d’acheminement, le rétablissement de l’accès à l’eau et aux soins ainsi qu’une augmentation du financement des opérations. L’enjeu immédiat est de permettre aux populations de se nourrir et de se soigner, tout en documentant une crise dont les données restent souvent incomplètes.
Sources
OMS / IPC, alerte du 12 octobre 2026 ; Nations unies, 12 octobre 2026 ; Reuters, 23 octobre 2026 ; International Rescue Committee, 13 octobre 2026
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