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Mars 2014 — MONDE / ÉTATS-UNIS. Un fournisseur de vidéosurveillance, des images publiques et privées regroupées sur des écrans, puis des manifestations suivies par un centre de supervision de la police : les archives d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, permettent de documenter un phénomène dont la portée dépasse la ville américaine.

La question n’est pas de prétendre qu’un même logiciel aurait surveillé les manifestations françaises. Elle consiste à comprendre comment une police municipale a mis en réseau différentes sources vidéo, avant l’essor actuel de l’analyse algorithmique des images.

OpenEye et RADIUS : la centralisation de caméras

Une brochure officielle d’OpenEye présente RADIUS comme un logiciel de gestion vidéo permettant d’afficher, sur un même poste, des flux issus de caméras et d’enregistreurs répartis dans plusieurs sites. Elle décrit une architecture destinée à relier des caméras de circulation et des systèmes privés appartenant à des commerces à la supervision de l’Albuquerque Police Department (APD).

Le fabricant met en avant des cartes, le suivi de plusieurs sites, la consultation à distance et la possibilité de transmettre des images pertinentes aux équipes d’intervention. Il s’agit d’une description commerciale de capacités offertes ; elle ne suffit pas à identifier la configuration exacte d’une opération particulière.

Le rapport de la police sur les manifestations de mars 2014

Le rapport mensuel officiel de l’APD pour mars 2014, dans sa partie « Real Time Crime Center », apporte un éclairage distinct. La police indique que son RTCC a assisté les unités d’intervention lors de manifestations dirigées contre l’APD. Selon ce document, le centre a été utilisé comme poste de commandement et a transmis des images de près de douze heures de protestations aux responsables de l’opération, en exploitant des caméras de circulation, des flux privés et des technologies liées aux réseaux sociaux.

La même archive indique l’existence d’une capacité de reconnaissance faciale au sein du RTCC à cette période, dans un paragraphe distinct décrivant les attributions d’une opératrice. Cette mention ne démontre pas que la reconnaissance faciale a servi à identifier des manifestants lors de la mobilisation considérée. Il serait tout aussi erroné d’attribuer automatiquement cette fonctionnalité au logiciel RADIUS sans pièce technique supplémentaire.

Deux documents concordants, une conclusion à limiter

Nous pouvons établir que le RTCC d’Albuquerque employait le produit RADIUS d’OpenEye dans son architecture de supervision, d’après le fabricant. Nous pouvons aussi établir que le RTCC a exploité des images publiques et privées lors des manifestations de mars 2014, d’après le rapport policier. Ces deux constats n’identifient cependant pas le trajet technique précis de chaque flux pendant chaque manifestation.

Pour affirmer que toutes les images des protestations sont passées par RADIUS, il faudrait les journaux de fonctionnement de l’époque, les schémas de raccordement ou un rapport interne confirmant le logiciel utilisé lors de l’opération. Le fait que les systèmes aient coexisté ne suffit pas à démontrer un traitement particulier.

Ce que cet exemple montre pour les mouvements sociaux

La centralisation de flux privés et publics peut accroître la connaissance d’une situation et accélérer l’intervention en cas de menace. Elle pose aussi des questions relatives au périmètre, aux conditions d’accès, aux durées de conservation, à la réutilisation des enregistrements et au risque d’atteinte à la liberté de réunion.

Un outil de gestion vidéo n’est pas nécessairement un outil d’identification biométrique ; un centre de supervision peut, cependant, faire fonctionner plusieurs techniques séparées. Il faut alors étudier leurs bases juridiques et leurs journaux d’accès un par un.

Pourquoi aucun rapprochement avec la France n’est établi

La documentation retrouvée concerne les États-Unis, et non un contrat français. Aucune source citée dans ce dossier ne permet d’attribuer OpenEye ou RADIUS à la gestion des manifestations du 17 octobre 2026 à Lyon. Il ne faut pas non plus confondre la marque OpenEye avec les alliances de renseignement Five Eyes ou Nine Eyes, ni avec un hypothétique dispositif appelé « Seven Eyes ».

Le cas Albuquerque reste néanmoins précieux : il illustre, sur pièces, l’existence d’une interconnexion opérationnelle entre vidéos publiques et privées dans un environnement policier dès 2014.

Documents originaux : Albuquerque Police Department, rapport mensuel de mars 2014, rubrique Real Time Crime Center, p. 10 du rapport (PDF) ; OpenEye, brochure RADIUS « Community-Wide Surveillance Network Solution », 2 pages (PDF du fabricant) ; PRODPRESS, mise au point sur les alliances « Eyes ».

Précision déontologique : les faits établis, les documents officiels, les descriptions commerciales et les hypothèses sur les usages d’un outil sont distingués. L’existence d’un outil ou d’une autorisation ne prouve pas une utilisation lors d’un événement précis. Les responsabilités individuelles ne se présument pas. Rectifications et droits de réponse sont examinés conformément au droit applicable.

Christophe Martin-Landré (ChrissM) — Journaliste d’investigation, directeur de publication PRODPRESS®. © PRODPRESS® / PRODPRESS MEDIA GROUP LLC. Tous droits réservés. Authentique. Impertinent. Libre.